Beaucoup d’extrêmes et de premières au Québec aujourd’hui en cette élection :
- Taux de participation le plus faible depuis 1927 (56%)
- Première femme à être élue cheffe de l’opposition officielle
- Écroulement tant espéré de l’ADQ (et donc de la droite plus radicale et populiste) et annonce du départ de son chef fondateur (mort du parti, donc)
- Premier ministre élu pour un troisième mandat consécutif en n’ayant rien fait, du jamais vu (les trois mandats, pas le fait de ne rien faire) semble-t-il depuis le lugubre Duplessis
- Un nouveau parti de gauche fait son entrée à l’Assemblée nationale, avec l’élection d’un justicier social, mon collègue infectiologue Amir Khadir
- Et patati et patata
Que conclure…
Assagissement du peuple ?
Je donnerai ma conclusion dans quatre ans, aux prochaines élections, lorsque nous aurons vu les résultats réels de ces élections. Étude prospective donc, et totalement biaisée.
Une note sur le nouveau venu, le Dr Khadir, que je ne connais pas personnellement, mais dont je respecte l’implication sociale. Je le félicite d’avoir obtenu ce morceau du pouvoir qu’il souhaitait, comme tous les autres candidats à ces élections d’ailleurs. Cela dit, chaque fois que je l’entends donner une entrevue dans les médias, ses opinions politiques sont tranchées et manquent de nuance. Il semble affecté d’un ressentiment bouillant envers ce qui lui semble injuste, et me donne un certain malaise que je n’ai jamais pu m’expliquer, que ne me donne pas de son côté Françoise David qui est par moi hautement appréciée (et qui heureusement pour elle n’a pas été élue).
Le député Khadir expliquait, dans une entrevue écrite antérieurement, quelle était sa conception de la physique :
Une certaine poésie transcende [...] la physique, que ce soit par la symétrie qu’on y retrouve ou par la recherche de vérités simples pour décrire la complexité des choses. La physique cherche à trouver des réponses simples, englobantes, qui résument en quelques mots ou en quelques phrases mathématiques de grandes vérités.
Toute la méfiance que j’ai par rapport à ses opinions se comprend et se révèle à moi par cette dernière phrase, comme une évidence claire et distincte.

Le QS au beau dire que le PQ et l’ADQ ont commencé petit, cela ne signifie pas que le QS va faire élire 40 députés dans 4 ans !
Que va faire Charest, à part s’en aller à Ottawa dans 3 ans ? Ça reste à voir… Je n’ai pas vraiment hâte.
“Toute la méfiance que j’ai par rapport à ses opinions se comprend et se révèle à moi par cette dernière phrase, comme une évidence claire et distincte”
La simplification doit être distinguée de la synthèse.
Elle est un instrument de dépeçage et de monochromisation du réel qui, de ce fait, peut mener à des dérives pernicieuses.
Ainsi en est-il selon moi des discours des politiciens.
Ainsi en est-il plus particulièrement, en ce lendemain de “victoire” libérale, des paroles de Mme Jérôme-Forget, selon qui le fort taux d’absention s’expliquerait notamment par le froid qu’il faisait hier au Québec (ben oui!).
Ainsi en est-il surtout de la formule accrocheuse et presque lévesquienne de Jean Charest qui, à la suite de la confirmation de son nouveau mandat, a proclamé, tout sourire:
“Ce soir, je suis très fier d’être québécois”.
…
Ou ces deux-là ne comprennent rien.
Ou ils ne veulent rien comprendre.
Ou ils essaient de nous semer avec une simplicité de discours machiavélique, dans l’espoir que nous confondions la véritable gagnante des élections d’hier, l’abstention et le message clair d’exaspération et de dégoût qu’elle projette, avec les fleurs du tapis.
Comme pour maquiller cette livide “victoire majoritaire” libérale et les gains de tous les partis minoritaires, qui dans les faits sont d’une pâleur toute famélique.
En effet, lorsque reconvertis en tenant compte du taux de participation, les pourcentages de l’ensemble des électeurs québécois (et pas seulement de ceux ayant voté) ayant appuyé l’un ou l’autre parti sont on ne peut plus squelettiques:
PLQ: 24,29%
PQ: 20,09%
ADQ: 9,34%
QS: 2,17%
PV: 1,25%
(résultats arrondis au 100e près; source: DGEQ)
Un gouvernement majoritaire élu par moins du quart des Québécois. Parlez-moi d’une cause de fierté M. Charest! Mais à bien y penser, cette fierté est peut-être en fait celle d’avoir réussi à vous accrocher au pouvoir plus solidement, grâce à une astucieuse manipulation des institutions démocratiques, et au mépris de vos concitoyens, et plus encore de ceux qui vous appuient aveuglément et dont vous avez usé avec stratégie (car ceux-là, ils n’avaient pas froids hier me direz vous).
Rusé et coriace ce patapouf.
“Ce soir, je suis très fier d’être québécois”.
Vraiment, M. Charest?
Beaucoup d’absentionistes aussi.
Mais pas pour les mêmes raisons que vous.
Ceci dit, il ne sert à rien de trop nous exciter le poil des jambes car nous savons déjà que la vérité qui l’emportera sera la plus simplement, la plus patapoufement digestible des deux.
@ Garamond:
Au contraire, j’ai bien hâte de voir l’avenir politique. Comme un spectacle-réalité (qui sera éliminé, qui sera favorisé, etc.)
@Tyche :
Merci Tyche pour cette belle synthèse avec laquelle je ne peux qu’agréer.
Ce qui m’a fait tiquer dans la phrase du député Khadir que j’ai soulignée, ce sont les mots «vérités» et «simples». C’est la racine de l’absolutisme, de la religiosité, du déisme donc. On pourrait même croire y lire une phrase de Descartes, le mathématicien de Dieu.
Mais je l’ai dit, je ne connais pas l’homme personnellement. La pensée évolue, heureusement. La sienne et la mienne.