
Le grand tsar à la terrible barbe pointue
aux yeux scintillants d’ambition dévoilée
aux grands cils ouverts comme des soleils à douze rayons
celui dont l’ombre immense s’enroulait sur le globe
savait effacer ses princes comme les dissensions de ceux-ci
et broyait d’un rire ses ennemis pour le salut de son peuple
Car il savait bien le manier ce gentil peuple
son bien le plus précieux
le gardant dans l’ignorance et dans la conviction
et l’utilisant comme une mitaine pour s’en laver les mains
Mais ce qu’il trouvait le plus doux était que ce bon peuple
aimant bien la flatterie et les glorifications
ne cessait de se voir si puissant dans les paumes du grand empereur
Les voix l’acclamaient et les dos se courbaient
les larmes jaillissaient et les torses se bombaient
dès qu’apparaissait son ombre ou sa rumeur
dès qu’un « gloire au peuple » résonnait de lui
On eut pu croire qu’il s’agissait d’Alexandre
d’Auguste
d’Ivan Grozny
ou encore de Lénine, Staline
ou bien du Messie
d’autres y ont vu un roi de France, un Napoléon
un Mao, un Fidel ou un Che Guevara
ou enfin un président des États-Unis
Imaginez au choix votre tsar et son peuple
car c’est toujours de la même plaisanterie dont il s’agit
